Nos villages sont-ils en train de devenir des dortoirs ?





En cette période électorale, martelée par des bilans de fin de mandat, les maires s'agitent pour démontrer qu'ils ont œuvré pour l'intérêt de leur commune avec, bien souvent, la démographie sortie comme argument du fruit de leur travail.

Et pourtant, on entend partout parler de la ruralité qui se dépeuple, de cet exode rural qui asphyxie doucement les petits villages, tel un cancer qui ronge à petit feu les bourgades de nos campagnes, les conduisant vers une mort lente mais certaine.

Pendant les campagnes, il n'est pas rare de voir les candidats agiter l'argument de l'attractivité pour attirer les nouveaux arrivants dans les villages.

S'il est un fait que la démographie a chuté de manière vertigineuse au cours des dernières décennies et que si on compare les chiffres avec ce qu'ils étaient 100 ans en arrière, on ne peut nier que les villages se sont violemment vidés de leurs populations.

Toutefois, depuis quelques années, même si parfois très basse, la démographie des villages tend à se stabiliser.
L'arrivée des néoruraux dans les bourgs a permis de freiner le phénomène et de le mettre dans une phase de stabilité.
On constate dès lors que la démographie des villages ne diminue plus, tend à rester stable et à se rajeunir en raison de l'arrivée de famille avec des enfants.

Plusieurs paramètres sont à la base de ces mécanismes et le premier est le prix de l'immobilier.
Bien moins cher qu'en ville, les maisons issues du cadre rural sont souvent plus spacieuses et, surtout, moins chères à l'achat.
Les primo acquéreurs y trouvent donc la perle rare : une grande maison avec un grand jardin pour y laisser batifoler les enfants et même avoir un potager.

L'autre raison de cet attrait pour la campagne est la nature, le calme que les villes ont tronqués, bien souvent, pour des coins de verdure anorexiques au milieu des tours de béton.

Si les maires, sans parvenir à rendre les villages attractifs, fondent leurs discours sur la stabilité de la population, il n'en demeure pas moins vrais que la vie dans le village reste bien sinistre.

A grand coups d'animation pour séduire le plus grand nombre, ils se donnent l'illusion que le village est un bourg où il fait bon vivre, où la population est dynamique et se rassemble pour les festivités car, ne l'oublions pas, ils sont convaincus que leur village "bouge".

Poudre aux yeux électorale visant à naïvement donner une impression de vie trépidante dans un désert socio-économique ou simple déni des élus qui tente de se convaincre, peut être de se consoler, de ne pas parvenir à leur objectif de redynamisation de centre bourg ?

Car si le village est accueillant, beau et calme, il n'en demeure pas moins que le bassin de l'emploi ne se trouve qu'à quelques kilomètres de là, dans la ville (lointaine) voisine et que pour s'y rendre, le villageois ne peut compter que sur sa voiture car les transports en commun qui n'existent pas, car les gares les plus proches ne sont plus desservies depuis tellement longtemps que l'herbe recouvre les  rails de ce qui fut jadis la voie de passager d'une locomotive qui crachait les fumées de son moteur diesel, qui était le thème de véritable récit d'aventures pour les enfants des villes qui venaient rendre visite aux grands-parents vivant à la campagne et qui racontaient, à la rentré, leur voyage en train vers ces zones reculées où le temps semblait s'être mis en pause.

Aujourd'hui, la famille qui s'installe à la campagne possède une ou deux voitures car monsieur et madame travaillent à des endroits et des horaires différents. Les employeurs sont sollicités pour aménager les horaires car pour aller à l'école, il n'y a pas de bus et l'école n'est plus dans le village qui, faute d'élèves, ont vu les établissements scolaires fermés par l'Education Nationale. Et donc, pour conduire le petiot à l'école le matin, à la garderie (quand il y en a une), il faut s'organiser, parfois péniblement.

La journée se passe à la ville, au bureau, dans cette tour de verre, d'acier et de béton, dans cet univers trépident de la cité qui vit, s'anime et s'agite.
La journée finie, on va dans la zone qui jouxte le cœur administratif pour y faire ses courses car les zones d'attrait commercial se sont implantés à côté des villes, plus rentables que la ruralité.

On récupère les enfants à la garderie si l'autre parent ne l'a pas déjà fait et, après éventuellement avoir profité du grand terrain acheté et les devoirs faits, on va se coucher après le repas du soir.

L'animation dans le village se résume à une heure dans la journée, une demi-heure de course au moment des départs du matin et la même durée en soirée, lors du retour.
Parfois quelque peu prolongée par un bref échange entre voisins pour se saluer et feindre de prendre des nouvelles, se donner l'impression d'avoir une vie sociale intramuros dans le village où on réside.

Puis vient la nuit et son calme mortel, son absence de toute forme de vie humaine qui rentre en léthargie pour récupérer et repartir le lendemain vers le cycle bien connu du "auto boulot dodo".

Les animations dans le village donne aux élus l'impression que leur village vit, bouge et s'anime mais le rêve n'est qu'éphémère et rapidement, une fois la sono coupée, les derniers verres vidés, chacun regagne ses pénates, rendant au village son calme désertique qui le rythme jour après ajour.
Evasion de quelques heures donnant cette impression de vie, de joie, de liesse populaire, moment de distractions pour les habitants qui vient rompre la monotonie de la vie quotidienne.

Lors du développement des villes, les promoteurs créaient ce que les experts appelaient des cités dortoirs, c'était le lieu où l'ouvrier, fatigué de sa journée de travail, regagnait un coin de confort pour dormir et repartir de plus belle sur les chantiers le lendemain.

Aujourd'hui, ces cités dortoirs, pour autant qu'elles existent encore, sont devenus des zones de logements sociaux et, bien souvent, des zones de non droit.

Et c'est là le drame des maires des petits bourgs qui voient leurs villages se transformer en villages dortoirs, forme moderne des cités dortoirs de l'époque de l'industrialisation et des années fast de l'économie.
Seule différence, les résidents de ces habitations rurales en sont les heureux propriétaires, là où jadis les ouvriers étaient locataires et payaient un loyer pour vivre dans ce que certains appelaient une "cage à poule" et où les plus chanceux avait le privilège d'être logé aux frais de l'employeur qui avait fait construire ces tours en guise de dortoir, point d'attrait pour fidéliser un travailleur.

Le véritable défi de demain, pour les maires et élus ruraux, sera de recréer de l'emploi à proximité de leurs bourgs car sans cette condition, leur situation ne pourra évoluer favorablement et le commerce de proximité demeurera figure d'exception dans les villages.

Plus qu'une impression, c'est une sinistre réalité de nos campagnes, un challenge d'ampleur qui attend les élus pour les prochaines années s'ils ne veulent pas voir l'identité profonde de leurs bourgs s'effacer, disparaitre avec la mémoire des anciens.



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