Prix du carburant, vers l'infini et au-delà ?
Depuis plusieurs semaines, le prix du carburant ne cesse de grimper, atteignant des records.
Avec une hausse des tarifs de 30 % sur une semaine, il devient de plus en plus cher de remplir le réservoir de son véhicule.
Que ce soit pour des déplacements privés ou professionnels, tout le monde passe à la caisse et fait triste mine en voyant l'indicateur de prix s'affoler alors que celui du nombre de litres semble tourner au ralenti.
D'où vient cette crise, quelles incohérences dans les annonces faites par le Gouvernement ? Quelle est la situation au niveau local ? Le Berry'Scope est parti en enquête pour vous.
La guerre a fait augmenter les prix ?
C'est partiellement vrai. Il est certain que le conflit au Moyen-Orient a fait flamber les prix, c'est indéniable mais ce n'est pas le seul facteur qui a contribué à la hausse des prix.
Ce phénomène de panique a fait grimper la demande en rapport de l'offre qui s'amenuisait. C'est le schéma le plus favorable à faire monter les prix. Lorsque l'offre diminue, si la demande explose, les prix s'affolent, c'est la logique des marchés boursiers.
Le Gouvernement nous a menti en début de crise ?
Certains ont lancé que les prix ne devaient pas grimper puisque nous étions sur les stocks déjà en réserve au niveau national.
En fait, il faut bien comprendre que ce n'est pas une réserve appartenant à la France, elle est communautaire et appartient à l'Agence Internationale de l'Energie qui régule les stocks par l'intermédiaire des contributions des pays adhérents, comme c'est le cas de la France.
La France seule ne peut décider d'aller piocher dans les réserves de son plein gré, cela ne peut se faire que sur accord des l'Agence Internationale de l'Energie.
Et oui, à la mi-mars, pour freiner la flambée des prix, comme cela fut le cas en 2022 durant les débuts de la guerre en Ukraine, l'Agence International a décidé de libérer une partie de ses réserves au profit du public.
Toutefois, rien n'indique que le prix va cesser de grimper. La démarche vise à montrer que la pénurie n'est pas crainte et que nous avons de la réserve pour voir venir.
Ainsi, à la pompe, comme ce fut le cas en 2022, le prix du carburant pourrait encore grimper, plus modérément, avant de stagner.
Le fait d'insérer du carburant qui se trouve en réserve aura un effet sur la bourse puisque l'offre devient supérieure à la demande et donc, influencera le prix du Brent.
Il est très peu probable que la mesure entreprise fera descendre les prix à la pompe.
Le Gouvernement s'enrichit sur le compte du contribuable ?
C'est une évidence, avec un prix au litre, le carburant est un produit hyper taxé.
Et c'est aussi vrai que cela profite bien à l'Etat, ne serait-ce que sur la TVA.
Alors, dans un premier temps, le Gouvernement annonçait que les recettes n'étaient pas en hausse car le volume de carburant vendu diminuait puisque de nombreux Français régulaient leur usage de la voiture pour éviter de passer faire le plein.
Le Président avait même annoncé qu'en cas d'impossibilité pour les travailleurs d'aller prester, le retour à l'usage du téléworking serait de nouveau d'actualité et d'application (oui, c'est bien çà, comme pendant la crise sanitaire du COVID).
Retournement de situation ce 1er avril (et ce n'était pas un sujet pour un poisson d'avril), le Gouvernement reconnait qu'il a engrangé des recettes supplémentaires grâce à la hausse des prix du carburant. Recettes qui pourraient être utilisées dans des projets visant à devenir moins dépendant au pétrole.
Oui, l'Etat a bien profité d'un enrichissement de sa trésorerie pendant cette crise et, longtemps, est resté sur le principe de l'inaction : aucune intervention en vue pour le citoyen en difficulté face aux prix en hausse à la pompe.
De ce côté là, la libération d'un chèque énergie a été décidée depuis, une seconde action en faveur des gros rouleurs professionnels est également en cours d'élaboration et qui devrait venir aider les transporteurs, les infirmières libérales, ...
Cette situation va-t-elle perdurer ?
Il est fort probable que la situation ne s'améliore dans les semaines à venir.
Si le Président U.S., Donald Trump, a émis la possibilité de retirer ses troupes de l'Iran et de mettre fin à cette guerre qu'il a initiée, l'Iran a déjà annoncé qu'il ne lèverait pas le blocage dans le Détroit d'Ormuz, ce passage qui ralenti les livraison de pétroles venant du Moyen-Orient puisque les bateaux, ne pouvant passer par-là, doivent faire un détour considérable de plusieurs jours pour le contourner.
On peut donc présager que les prix ne sont pas prêts à revenir à la normale.
D'ailleurs, pour rappel, après la crise du carburant lié à la guerre en Ukraine, les prix avaient quelque peu baissés mais n'étaient jamais revenus à leur niveau d'avant guerre.
Il en sera vraisemblablement de même pour le conflit qui, même avec un retrait U.S., n'annonce pas un retour à la normal pour les routes du pétrole.
Doit-on craindre une pénurie ?
A l'heure actuelle, les fournisseurs de produits pétroliers disposent de stocks pour plusieurs jours dans leurs entrepôts.
La réserve de l'Agence Internationale de l'Energie a également de la réserve.
En l'état, pas de panique, les pénuries dans certaines stations sont des phénomènes ponctuels et qui ne sont nullement définitif.
Certaines enseignes, ayant pratiqué un tarif préférentiel, ont été prise d'assaut par les automobilistes et les cuves, face à une fréquentation anormalement haute, se sont retrouvées vides plus rapidement.
Aucune pénurie durable n'est actuellement à craindre.
Que devrait faire le Gouvernement ?
En la matière, chacun y va de sa théorie et tire la couverture de son côté. De la même manière, les actions posées (comme l'envoi du chèque énergie dès ce 1er avril) est polémiqué par certains, arguant que les bénéficiaires de ce chèque ne sont pas ceux qui ont le plus besoin de ce déplacer.
On pourrait envisager, comme la Belgique l'a fait, d'appliquer un principe de cliquet qui, une fois le carburant atteignant un certain prix, le niveau de taxation des produits pétroliers diminue pour amener le prix du carburant à se stabiliser.
Ceci se fait, évidemment, au détriment des recettes générées par les taxes.
Garantir un prix préférentiels à certains secteurs ? Difficile à mettre en place et cela entrainera, fatalement, des grincements de dents chez d'autres qui se sentiront lésés.
Imposer une réduction de l'usage de la voiture ? Oui, éventuellement lorsque cela est possible et qu'une offre de transport alternatif existe ce qui est loin d'être le cas dans certaines zones du pays, notamment dans la ruralité où il est impossible de pouvoir se déplacer si on ne dispose pas d'une voiture.
La bonne mesure n'existe pas, la mauvaise non plus, les Finances de l'Etat étant ce qu'elles sont , la marge de manœuvre est pour le moins limitée.
Une chose est certaine, cette hausse a un impact sur tout un chacun, tant au niveau professionnel que particulier et l'économie est plus que jamais dans le viseur, elle qui était déjà sur la pente raide après une inflation qui a bien entaché le pouvoir d'achat des Français et remis en cause le fonctionnement des entreprises dont, pour certaines, étaient déjà en présence d'un fragile équilibre financier.
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